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Rubrique : Informations diverses / Portraits et interviews de juristes, avocats...


Portrait de Jean-Luc Turc, spécialiste en intelligence économique, dirigeant et fondateur de APRI.

Publication : mercredi 19 février 2003.
 

Pourriez-vous définir concrètement votre activité ?

L’intelligence économique consiste dans la recherche d’informations pertinentes et rares alors qu’elles sont à la portée de tous. C’est l’objet de notre société, APRI.
Il s’agit généralement d’informations blanches ou grises, c’est-à-dire légales mais peu connues ou du moins mal interprétées.
"L’information est la première arme d’une guerre" disait le général Sun Tzu dans l’Art de la Guerre et c’est bien ce qui est devenu le leitmotiv de notre entreprise que nous avons d’ailleurs fait déposer comme marque : "Savoir pour gagner".

Ainsi en procédant au recoupement de différentes sources, l’on parvient à cerner une information de qualité.
Dès lors qu’elle s’est munie d’informations fiables, l’entreprise va pouvoir devancer les tendances du marché, surprendre un concurrent, ou déceler des désinformations.

Pouvez-vous nous décrire votre société ?

Cela fait 10 ans que j’exerce ce métier et cela fait 5 ans que j’ai fondé APRI. Notre effectif comprend 5 personnes, tous spécialistes de la veille et de l’intelligence économique.
Lorsque nous avons une demande plus pointue, nous faisons appel à des consultants extérieurs que ce soit en investigation ou pour leur spécialité.

Quels moyens utilisez-vous pour mener à bien vos missions ?

Et bien, nous recoupons plusieurs sources d’informations disparates : le net (5 à 15 % d’une affaire), la presse, les revues spécialisées, les salons et colloques mais aussi les rencontres publiques telles que les cocktails et autres manifestations où les décideurs et/ou leurs représentants se rencontrent.
Au fur et à mesure, nous enrichissons nos bases de données et trions le bon grain de l’ivraie afin de recenser les informations pertinentes pour notre mission.

Utilisez-vous le social engineering ?

Jamais. C’est une question d’éthique. Il y a déjà bien trop à apprendre en recoupant les diverses sources d’informations légales pour avoir à utiliser des techniques qui, si elles ne sont pas illégales en soi, flirtent avec la loi.
De plus, utiliser des techniques déloyales est une porte ouverte aux dérives...

Quel est le coût d’une intervention menée par APRI ?

Vous savez, c’est très variable. Tout est fonction de la mission confiée par le client. Mais, pour être très honnête, je dois avouer qu’il est très rare qu’une prestation soit inférieure à 3000 euros.
Prenons l’exemple d’une petite société ayant récemment conçu un nouveau modèle et l’ayant protégé auprès de l’INPI qui s’aperçoit qu’elle est contrefaite un peu partout dans sa région et que la plupart des pièces contrefaisantes proviennent de l’étranger. La provision avoisinerait les 15 000 euros auxquels s’ajouteront probablement 25 000 euros de frais.

Qu’est-ce qui vous a amené à ça ? Quel est votre parcours ?

J’ai suivi une formation juridique au départ, mais comme les formations spécialisées n’existaient pas à l’époque, on peut dire que je suis un autodidacte en somme.
De plus, c’est un métier motivant et intéressant au niveau culturel puisque, d’une affaire sur l’autre, vous pouvez passer du milieu de la boulangerie industrielle à celui des brevets informatiques !
Ce n’est jamais répétitif et, même si l’on s’imagine que cela s’effectue dans un bureau, c’est avant tout un métier de terrain, d’investigation et d’analyse. Et cette variété se concrétise par des contacts aussi divers qu’enrichissants.

Y a-t-il une école ? Quelle formation vous paraît nécessaire pour pratiquer ce métier ? Avez-vous des conseils pour les jeunes diplômés qui souhaiteraient vous rejoindre pour exercer cette profession ?

Les facultés ont désormais créé des 3e cycles, notamment des DESS, en intelligence économique et en veille stratégique, parmi lesquelles on peut citer celles de Grenoble ou Toulon-La Garde.

Maintenant, il m’apparaît essentiel de posséder une formation juridique car l’on va manipuler des informations légales à longueur de journée. Idéalement, ce cursus peut aller jusqu’en maîtrise et être complété par l’une de ces récentes formations.
Mais avant tout, je pense que ce métier demande une grande malléabilité et une motivation certaine car l’on doit s’adapter très vite à son nouveau dossier.

Pouvez-vous nous décrire ce marché à l’heure actuelle ?

Cette branche est en pleine émergence en France. Il y a donc fort à parier que l’intelligence économique prendra son plein essor d’ici quelques années et devrait être une source d’emploi assez conséquente.

Enfin, quelle est votre sentiment sur la veille en intelligence économique telle qu’elle est pratiquée en France ?

Ce marché est à peine émergent en France mais la prise de conscience des décideurs quant à son importance grandit de jour en jour. Notre pays accuse de sérieuses lacunes dans ce domaine pour le moment mais si l’on suit l’exemple de la Suisse, de l’Allemagne, des Etats-Unis, d’Isra‘l ou de la Corée, qui sont des pays où l’intelligence économique est parfaitement implantée, nous devrions rapidement combler ce retard.
D’autant plus que notre pays est l’un de ceux qui a le plus à y gagner car il est de notoriété publique qu’elle ne sait pas protéger ses idées.

Propos recueillis par Sébastien Guerrero.

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